WYLER (W.)


WYLER (W.)
WYLER (W.)

WYLER WILLIAM (1902-1981)

En 1948 — on venait de découvrir, en France, les films tournés à Hollywood depuis 1940 par William Wyler —, André Bazin écrivit pour les numéros 10 et 11 de La Revue du cinéma de Jean George Auriol, une étude restée exemplaire: «William Wyler, ou le Jansénisme de la mise en scène». Cette étude fut suivie d’un article retentissant de Roger Leenhardt dans l’hebdomadaire L’Écran français : «À bas Ford, vive Wyler». Si Bazin et Leenhardt ne renièrent rien de leurs positions, l’intérêt manifesté pour le style de Wyler se refroidit considérablement par la suite. La jeune critique française rejeta le cinéaste américain dans les rangs des réalisateurs «académiques». Malgré une timide révision esquissée, au début des années 1960, à propos de La Rumeur (1961) et de L’Obsédé (1964), Wyler, dont le prestige ne connut jamais d’éclipse aux États-Unis, se trouvait, à sa mort, méconnu en France, même s’il avait été, en 1979, l’invité d’honneur du festival de Deauville.

Or, de 1930 à 1970, William Wyler a représenté, à travers les genres différents dans lesquels il a travaillé (drames sociaux et psychologiques, westerns, comédies, films policiers, etc.), la permanence d’un art classique du récit cinématographique (inspiré, parfois, de romans et de pièces de théâtre) et l’évolution générale de Hollywood.

Dès 1920 en effet, cet Alsacien d’origine suisse, est appelé aux États-Unis par le producteur Carl Laemmle, cousin germain de sa mère; il travaille d’abord à New York comme agent de publicité puis comme assistant-réalisateur à Hollywood. De 1925 à 1929, il tourne une trentaine de courts et moyens métrages (muets); ses débuts dans le long métrage coïncident avec ceux du parlant. Il sut concilier ses ambitions artistiques avec les nécessités commerciales de l’industrie du cinéma, en particulier entre 1936 et 1946, lorsqu’il imposa ses conceptions — notamment sur l’importance du «sujet» — au producteur Samuel Goldwyn, dont la boutade: «le cinéma s’adresse aux moins de douze ans» est restée célèbre.

En 1953, il renouvela la comédie américaine avec Vacances romaines , tourné en Italie. Et son «remake» de Ben Hur (1959) fut, avec les moyens d’une superproduction à grand spectacle, un honorable film historique sur les débuts de l’ère chrétienne. Un certain affaiblissement à la fin de sa carrière (Funny Girl , 1968, par exemple) ne peut effacer son importance dans l’histoire du cinéma américain.

En 1936, Ils étaient trois (adaptation pour l’écran, édulcorée par la censure, d’une pièce de Lillian Hellman, et dont il réalisa la vraie version, en 1961, sous le titre La Rumeur ), et Dodsworth , d’après Sinclair Lewis, consacraient son goût pour l’analyse psychologique et son talent dans la concentration dramatique. Rue sans issue (1937) est une œuvre au vigoureux réalisme social et L’Insoumise (1938), une forte étude de caractère féminin dans un «drame sudiste» préfigurant Autant en emporte le vent . Les Hauts de Hurlevent (1939), en dépit de son succès, peut paraître surfait: il y manque la frénésie et la passion du livre d’Emily Brontë. En 1942, Wyler contribua à l’effort de guerre allié par l’exaltation du courage d’une mère de famille anglaise dans Madame Miniver , puis par des documentaires réalisés pour l’U.S. Air Force. Il gagna la renommée internationale avec La Vipère (1941), d’après une autre pièce virulente de Lillian Hellman et, surtout, Les Plus Belles Années de notre vie (1946), film reflétant admirablement la réalité sociale des États-Unis d’après guerre, les problèmes des démobilisés et le vacillement de l’idéalisme de l’époque rooseveltienne. Avec le concours de Gregg Toland (l’opérateur du Citizen Kane d’Orson Welles), Wyler utilisa la méthode de profondeur de champ pour élargir, amplifier l’espace de l’action dramatique, donner aux spectateurs une vision plus incisive, plus puissante, des rapports des personnages entre eux: c’est ce qu’on apprécia en France, avant de réduire cette nouveauté narrative à une froide et habile démonstration technique. Les Plus Belles Années de notre vie constitua, sans aucun doute, le sommet du «style psychologique» de William Wyler, mais ce style a marqué l’ensemble de son œuvre, de L’Héritière (1949), drame en univers clos inspiré d’un roman de Henry James, à L’Obsédé , étude d’un cas pathologique et morbide d’obsession amoureuse.

Tous les films de Wyler ont en commun, dans la diversité des sujets et de l’inspiration, une construction solide des scénarios, un sens très précis du découpage, une volonté de raconter clairement des histoires «fortes», avec des personnages dont la vérité humaine, parfois ambiguë, s’accorde à la description minutieuse d’un milieu ou d’un décor social et une sorte de perfection dans la direction d’acteurs.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Wyler — ist der Familienname folgender Personen: Bea Wyler (* 1951), Schweizer Rabbinerin Dani Wyler (* 1952), Schweizer Fußballkommentator Gretchen Wyler (1932–2007), US amerikanische Schauspielerin Paul Wyler, Uhrenfabrikant Richard Wyler (auch Richard …   Deutsch Wikipedia

  • Wyler — may refer to:People* Gretchen Wyler * Mason Wyler * Robert Wyler * William WylerGeography* Wyler, North Rhine Westphalia A village in the district Cleves, North Rhine Westphalia, Germany * Wyler, Netherlands The Dutch part of above village, in… …   Wikipedia

  • Wyler's — is a brand formerly owned by Lipton and now owned by H.J. Heinz for bouillon and soup, and Jel Sert for soft drinks.Heinz uses it for Wyler s Instant Bouillon, a brand of bouillon cube, and Wyler s Mrs. Grass Soup and Dip Mixes, a brand of… …   Wikipedia

  • Wyler — Wyler, William …   Enciclopedia Universal

  • Wyler — (William) (1902 1981) cinéaste américain d origine suisse: la Vipère (1941), les Plus Belles Années de notre vie (1946), l Héritière (1949), Ben Hur (1959), Funny Girl (1968) …   Encyclopédie Universelle

  • Wyler —   [ waɪlə], William, amerikanischer Filmregisseur, * Mülhausen (Département Haut Rhin) 1. 7. 1902, ✝ Beverly Hills (Calif.) 27. 7. 1981; kam 1920 in die USA, drehte ab 1925 Filme verschiedenster Gattungen, häufig nach literarischen Vorlagen.  … …   Universal-Lexikon

  • Wyler — noun United States filmmaker (1902 1981) • Syn: ↑William Wyler • Instance Hypernyms: ↑film maker, ↑filmmaker, ↑film producer, ↑movie maker …   Useful english dictionary

  • Wyler — /wuy leuhr/, n. William, 1902 81, U.S. film director, born in Germany. * * * …   Universalium

  • Wyler — /ˈwaɪlə/ (say wuyluh) noun William, 1902–81, US film director, born in France; noted for such films as Wuthering Heights (1939), Mrs Miniver (1942) and Ben Hur (1959) …   Australian English dictionary

  • Wyler (Kranenburg) — Wyler Gemeinde Kranenburg Koordinaten: 51° …   Deutsch Wikipedia


We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.